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DEUX VOIES DIFFERENTES VERS UN PREMIER CONTRAT

Les nouvelles campagnes constituent la force vitale de tout syndicat. Les nouvelles victoires syndicales nous agrandissent et nous rendent plus puissants. Elles servent d'occasion pour les membres actuels d'aiguiser leurs compétences en matière de campagnes et pour les nouveaux membres de se rendre compte pour la première fois de ce qu'est la solidarité, de réaliser qu'ils peuvent faire entendre leur voix et de constater que leurs employeurs sont prêts à tout pour les garder pauvres et silencieux.  Mais nous oublions trop souvent qu'une nouvelle campagne de syndicalisation n'est que le début. Le fer commence vraiment à chauffer lorsque les nouveaux membres commencent à négocier leur premier contrat.

Au cours du printemps et de l'été 2019, les Sections locales 689- Washington, DC, et 1548 - Plymouth, MA, ont remporté deux premiers contrats historiques – le premier à Alexandria, VA, et l'autre à Martha’s Vineyard, MA. Bien que les unités de négociation, les patrons, les sections locales, les communautés et les membres aient été différents dans chaque endroits, les leaders sur place ont adopté une stratégie similaire pour gagner : les membres ont pris le dessus lors des négociations.

 

La Section locale de DC triomphe dans un bastion anti-syndical.

Les transports en commun dans la région de Washington, D.C., sont fortement syndicalisés. Jusqu'à récemment, nous avions un irréductible – L'Alexandria Transit Company, présentée comme le système de bus « Driving Alexandria Safely Home » (DASH), à Alexandria, VA. La ville a commencé à utiliser le DASH il y a 35 ans à titre de service privé, pour créer une alternative non syndiquée au service Metrobus régional, géré par des membres de la Section locale 689 - Washington, DC.

Pour s'assurer que les salaires soient les plus bas possible dans la région, DASH a dépensé des centaines de milliers de dollars en consultants anti-syndicalistes, tout en promettant des changements et en cherchant à plaire à certains travailleurs pour qu'ils leur restent loyaux. Malgré de nombreuses tentatives de syndicalisation par les employés de DASH et l'ATU, la société a réussi maintes fois à exclure le syndicat.  Après la dernière campagne de syndicalisation, c'était toujours comme si rien n'avait changé.  « il n'y avait aucun respect pour les chauffeurs, » a rapporté Charles Barrett qui conduit depuis fort longtemps. « Lorsqu'un client se plaignait, ils étaient toujours de leur côté, mais ils ne nous faisaient jamais de compliments. »

 

'Il n'y a pas de barreaux à la fenêtre"

« Il n'y a pas de barreaux à la fenêtre. Vous pouvez toujours partir, » c'est ce que le gestionnaire maladroit des opérations disait chaque fois qu'on lui faisait part d'un problème. Et les gens partaient effectivement. DASH était l'endroit où « les gens venaient pour obtenir leur permis de conducteur de véhicule commercial afin qu'ils puissent ensuite trouver un autre emploi ailleurs, raconte le chauffeur Tyler Boos.

Pendant ce temps, toute une génération de chauffeurs DASH ont vu Alexandria se transformer en un centre chic, mais cette nouvelle prospérité ne s'est pas étendue aux chauffeurs. Dans l'un des endroits du pays où l'immobilier est le plus cher, ils devaient se débrouiller avec un salaire de départ de 35 000 $. Chaque année l'échelle de rémunération horaire était de 3 à 10 $ inférieure à celle des installations syndiquées. Et il fallait 20 ans pour atteindre le salaire maximum, si bien que la majorité des travailleurs gagnaient moins de 20 $ de l'heure.

 

La goutte qui a fait déborder le vase

La goutte qui a fait déborder le vase se produisit au moment où, au bout de cinq ans de gel salarial, la direction a refusé de verser la prime de fin d'année sur laquelle les chauffeurs avaient toujours compté. Les travailleurs contactèrent à nouveau la Section locale 689. Les organisateurs ont rapidement inscrit les chauffeurs, leur ont remis des cartes d'adhésion syndicale et ont créé un comité organisateur qui pouvait atteindre tous les niveaux de la main d'œuvre.

La société a appris l'existence du mouvement et a employé un consultant anti-syndicaliste qui s'appelait American Labor Group. Les travailleurs ont été rassemblés dans des réunions à auditoire contraint et soumis à des volées de propagande. Les briseurs de syndicats sont même montés dans les bus, s'asseyant derrière le chauffeur pour continuer leur propagande anti-syndicale alors que le chauffeur était censé se focaliser sur la sécurité.

Pour contrer le briseur de syndicats, l'ATU a rencontré des membres du conseil municipal de la ville, entièrement démocratique. Le syndicat les a mis au pied du mur : Pourquoi l'argent des contribuables était-il dépensé pour embaucher un briseur de syndicats et faire fi des droits des fonctionnaires de la ville ? Après un appel du syndicat à la presse, la ville a forcé DASH à congédier le briseur de syndicats.

 

Les travailleurs gagnent l'élection

Libérés de l'influence indue du briseur de syndicat, les travailleurs ont gagné l'élection de leur section locale de 97 à 13.

La direction de DASH a été humiliée et gênée.  Menée par son directeur des opérations vindicatif, DASH a continué de plus belle sa campagne anti-syndicale. D'abord il y a eu le congédiement de deux activistes clés. Latonya Robinson avait probablement été le leader le plus indispensable au cours de la campagne de syndicalisation. Robinson, mère célibataire de deux enfants, a coordonné la collecte de nombreuses cartes syndicales et a servi d'observatrice au moment du vote.

L'autre observateur de l'élection, Yonas Aemiro, était le point d'ancrage d'un groupe important d'émigrants éthiopiens. Peu après le vote, Aemiro a dû se rendre dans son pays auprès de sa mère malade. Un des moyens de DASH pour garder les chauffeurs immigrants malgré leur faible rémunération, était de leur permettre régulièrement de rentrer chez eux pour des périodes, plus longues que ce que le manuel permettait. Tout à coup, la société a décidé d'imposer les règles de façon stricte et a congédié Aemiro pour avoir abandonné son emploi.

Ensuite, les deux tiers des membres du comité  de négociation de l'ATU ont dû subir des dépistages de drogues « au hasard ». Il était clair que la société était sur le sentier de la guerre.

Pour riposter, le syndicat s'est servi de son point fort - les membres. Les organisateurs se sont servi d'un sondage et les activistes de l'ATU ont fait passer la participation au-dessus de 75 pour cent de la main d'œuvre. Le sondage a indiqué que les chauffeurs de DASH en avaient assez de faire le même travail que leurs collègues syndiqués pour un salaire très inférieur; ils ont donc décidé qu'ils n'accepteraient rien d'autre que l'égalité.

Le comité du syndicat a invité de nombreux membres à participer aux actions syndicales. Lors d'un forum municipal, des rangées de t-shirts rouges occupaient la plupart des sièges. Les chauffeurs ont pris le micro l'un après l'autre pour parler des conditions injustes.

Pendant ce temps, la proposition économique d'ouverture de la société se limitait à une piètre augmentation de 1 $ – qu'ils avaient fait miroiter aux travailleurs avant la syndicalisation – et une compression de l'échelle salariale de 20 ans à 10 ans.  Au lieu d'un vrai régime de retraite, DASH offrait de restaurer la prime de fin d'année de deux pour cent qu'elle avait retirée juste avant la campagne de syndicalisation.

 

Occasion unique

Pendant ce temps, la région se préparait à fermer pour des réparations la plus grande partie du réseau ferroviaire de banlieue de Virginie.  Des milliers de résidents locaux qui se rendaient chaque jour à Washington DC pour travailler seraient obligés de prendre exclusivement le bus pendant tout l'été. Apercevant une occasion unique, le syndicat a organisé un vote pour l'autorisation de grève. Les résultats ont été unanimes. A moins que la direction n'accepte de se mettre aux normes syndicales régionales, les chauffeurs étaient prêts à immobiliser les transports en commun de la capitale.

Avec une grève potentielle à l'horizon, il était temps d'éduquer les usagers des transports. Les activistes de la section locale ont passé une semaine à distribuer 10 000 prospectus aux heures de pointe, aux endroits où la circulation est la plus dense.

Malgré tout, la direction a encore essayé de négocier en ne payant qu'une broutille.  DASH a présenté une « offre finale. » Mais la section locale savait qu'elle était aux commandes et a fait sa dernière offre – acceptez ou nous faisons la grève. La direction s'est rendue.

Le contrat a atteint tous les objectifs de la section locale. Les travailleurs ont obtenu la parité salariale avec les membres de la Section locale 689 de Metrobus. L'échelle salariale de 20 ans est passée à sept ans.  Le financement des retraites a augmenté pour correspondre au régime public. Les chauffeurs ont obtenu plus de vacances, de congé maladie, de jours de congé et même des prestations d'assurance maladie pour les retraités. La ratification a été unanime, 111-0. Un des
résultats les plus sympathiques ? Les deux activistes congédiés ont été réintégrés et DASH a licencié le gestionnaire honni des opérations qui les avait congédiés.

« Avant le syndicat, j'observais les chauffeurs d'autres sociétés et je ne me sentais pas à la hauteur, »a confié le chauffeur Didier Balagizi. « J'étais gêné de porter l'uniforme DASH. Aujourd'hui, je suis fier de travailler chez DASH. Je suis fier d'être la section locale 689. Je suis fier d'être un chauffeur de bus. »

 

La Section locale de Plymouth est en grève à Martha’s Vineyard – et gagne

Tout comme la région de Washington, D.C. les transports en commun du Massachusetts  sont presque tous syndiqués. Mais sur l'île de Martha’s Vineyard, les chauffeurs de bus de la Martha’s Vineyard Transit Authority (VTA) étaient depuis longtemps à la merci de leur employeur.

La VTA a été établie il y a 39 ans pour tenter de soulager la congestion sur les routes étroites de l'île. Bien que la population de Martha’s Vineyard se compose de 17 000 insulaires qui y résident toute l'année, elle atteint plus de 100 000 personnes lorsque les touristes et les résidents d'été affluent sur l'île pour les vacances.  Certains y vont en voiture et font la traversée en ferry, ce qui prend 45 minutes depuis le continent, mais beaucoup préfèrent compter sur le service de la VTA. 

Comme l'exigent les lois du Massachusetts, la VTA fait appel à une entreprise privée pour les activités courantes. Depuis des années, la Transit Connection, Inc. (TCI), dont le siège est en Floride, remplit ce rôle. Cela veut dire que les trois douzaines de chauffeurs à l'année de la VTA sont des employés du secteur privé.

Tout comme le DASH à Alexandria, la VTA et la TCI travaillent ensemble depuis des années pour anéantir les campagnes de syndicalisation. Ayant remarqué l'énorme variation du nombre d'usagers entre l'été et l'hiver, la VTA a protégé en priorité les marges de profit de la TCI en soutenant les efforts de la société pour verser de faibles salaires, ne pas accorder d'avantages sociaux, et considérer le plus de travailleurs possible comme saisonniers ou provisoires, plutôt que des employés à plein temps.

 

Les chauffeurs sont devenus membres en 2015

Le dernier chapitre dans la lutte des chauffeurs pour un syndicat a commencé en 2015. Motivés par des préoccupations sur la sécurité des bus, une grande pénurie de chauffeurs, une tendance dangereuse aux heures supplémentaires, la stagnation des salaires, des avantages sociaux médiocres et des pratiques de gestion abusive à la fois de la VTA et de la TCI, les chauffeurs ont voté pour rejoindre l'ATU.

Mais la TCI a refusé de reconnaître le syndicat. L'ATU a déposé une accusation de pratique déloyale de travail auprès de la NLRB, qui statua en faveur du syndicat et jugea que la société avait violé la loi fédérale pour « ne pas avoir reconnu et négocié avec »  la Section locale 1548 - Plymouth, MA.

La TCI était furieuse.  Elle a mis au défis la NLRB et l'affaire est remontée jusqu'à la 11e Cour d'appel de circuit à Atlanta. Le tribunal s'est mis d'accord avec la NLRB et a ordonné de nouveau à la société de débuter les négociations avec le syndicat. Le contrat de la TCI avec la VTA est ce qui est désigné un accord « de transmission », ce qui veut dire que tous les frais de justice de cet effort manqué d'élimination syndicale ont été payés par l'organisme public avec l'argent des contribuables.

 

Les négociations débutent en août 2018

Au bout de près de trois ans de querelles juridiques, les parties ont finalement débuté les négociations en août 2018. Mais la TCI a encore retardé les choses. Le directeur général Edward Pigman, trop occupé par sa vie en Floride et sa gestion de plusieurs autres firmes occupées à tirer de l'argent d'entreprises de transport en commun, a embauché Greg Dash de Pennsylvanie, briseur de syndicats, pour négocier au nom de la société. Dash et la TCI ont immédiatement adopté une stratégie de retard, décidant à nouveau de contester l'admissibilité des employés et des classifications à inclure dans l'unité de négociation.

« Ils ne veulent tout simplement pas du syndicat, » a déclaré à ce moment-là Richard Townes, chauffeur de la VTA, au journal Vineyard Gazette.

Pendant les treize ans du régime sans syndicat de la TCI, Townes, qui conduisait depuis 21 ans, n'avait pas reçu un centime d'augmentation toutes ces dernières années. La plupart de ses collègues, sans égard à leur ancienneté, n'avaient reçu aucune augmentation depuis cinq ans au moins. Mais Angela Grant, l'administratrice publique anti-syndicale de longue date chez la VTA, avait reçu quatre augmentations de salaire au cours de la même période. Elle est passée de 100 410 $ à  135 200  $ de salaire de base, – une augmentation énorme, de 35 %.

Bien que des milliers de travailleurs modestes vivent à Martha’s Vineyard, le fait que l'île soit une destination de vacances appréciée pour les gens riches et célèbres en fait un endroit où le coût de la vie est élevé.  « Le coût de la vie sur Martha’s Vineyard est en moyenne soixante pour cent plus élevé que dans le reste de l'Amérique », a noté le Sénateur Elizabeth Warren, D-MA, dans une vidéo de soutien qu'elle a envoyée aux chauffeurs. « Cependant les salaires sont loin d'atteindre la moyenne nationale. C'est inacceptable. »

Le maximum des salaires de chauffeurs chez la VTA était de 23,50 $, ce qui en faisait les conducteurs de bus les plus mal payés de la région. De ce fait, peu de jeunes envisageaient un emploi chez la VTA pour s'élever à la classe moyenne. Par contre, la plupart des chauffeurs dans l'unité de négociation comptaient sur des revenus de retraite provenant d'emplois antérieurs, étaient forcés d'avoir d'autres emplois pour joindre les deux bouts, ou envisageaient de quitter l'île pour trouver du travail ailleurs.

 

Injustice flagrante

Cette injustice économique flagrante d'un l'un des lieux les plus riches au monde ne pouvait être tolérée par ses résidents et visiteurs aux idées majoritairement libérales, si seulement ils le savaient.  Dans cette optique, les chauffeurs de la VTA ont œuvré avec la Section locale 1548 et l'international pour lancer une campagne communautaire.

Pendant des mois, les chauffeurs se sont efforcés de renforcer les relations avec leurs passagers et leurs voisins. Ils ont parlé à des réunions de conseillers dans chacune des six villes de l'île. Les conseillers (Selectmen) constituent la forme de gouvernement au niveau le plus local sur l'île, et chaque ville sélectionne un représentant  pour siéger au Conseil consultatif de la VTA.

Les chauffeurs ont remis une pétition accompagnée de centaines de signatures de la communauté à Darren Morris, directeur général de la TCI sur place. Ils ont lancé une page Facebook, « Soutenez les chauffeurs de Vineyard » et ont imprimé des affiches que les voisins ont placées sur les routes dans toute l'île, pour montrer leur solidarité.

 

Propositions ridicules

Néanmoins, la société n'a pas bougé de ses positions. Elle a soumis des propositions ridicules, comme d'exiger le droit d'annuler à son gré l'accord de négociations collectives. Pour sa part, l'administratrice Grant a adopté publiquement une position de plus en plus anti-syndicaliste, accusant l'ATU d'être un groupe « étranger à l'île » qui tentait de diviser la communauté insulaire.

Les négociateurs de l'ATU ont demandé qu'un médiateur fédéral se joigne aux négociations pour tenter de raisonner un peu la société, mais la TCI a refusé de bouger.

 

Autorisation de faire la grève en avril

Dégoutés, les chauffeurs ont voté en grande majorité pour autoriser une grève en avril 2019. Ils ont prévu la fin de semaine du « Memorial Day »comme date potentielle de grève, puis ils ont changé d'avis, espérant que la société entendrait raison. Mais la TCI a abandonné les négociations et soumis fin mai sa « dernière offre, la meilleure, l'offre finale ».

Le moment des mesures draconiennes était enfin arrivé. Le fait de travailler avec les chauffeurs de l'international a propulsé leur campagne au premier plan.  Ils ont lancé des publicités à la radio, en s'adressant à la TCI, et ont reçu des déclarations de soutien de fonctionnaires élus de l'état et de candidats à la présidence, notamment le sénateur Bernie Sanders, I-VT, et ils ont organisé une rencontre à la mairie pour préparer les passagers à la possibilité d'une grève.

A la mairie, le négociateur Dash de la TCI a déclaré au chauffeur chevronné Roland Goulart que la société pensait que c'était les chauffeurs qui avaient tort « parce qu'ils avaient choisi de vivre ici. » « Mais ne n'ai pas choisi de vivre ici, » a répliqué Goulart. « Je suis né ici. Je vais mourir ici. »

Alors que la semaine la plus chargée de l'île  – le 4 juillet – approchait à grands pas, l'ATU a fixé le 28 juin comme date de la grève. Alors que les chauffeurs ont commencé à faire la grève, la TCI et la VTA ont rapidement recruté des briseurs de grève et ont forcé les chauffeurs saisonniers n'appartenant pas au syndicat à continuer à travailler, menaçant même illégalement de les expulser de leurs logements d'été subventionnés par l'employeur. De ce fait, bien que la grève ait interrompu le service dans les premiers jours, TCI a pu le maintenir à 80 % pendant une grande partie de la grève.

Pour les passagers ayant boycotté en solidarité, les grévistes et les voisins favorables ont assuré le transport dans leurs véhicules personnels, transportant ainsi 1568 personnes pendant la grève.  Malheureusement, les touristes ont continué à franchir les piquets de grève en grand nombre. L'ATU a proposé de mettre fin à la grève si la TCI était d'accord de se soumettre à un arbitrage, mais la société a refusé.

D'ici le sixième jour de la grève, les chauffeurs ont eu besoin d'un soutien moral et d'une nouvelle stratégie.

 

Ovation

Ils ont réussi à s'intégrer au défiler du 4 juillet et le public les a acclamés et a lancé des slogans comme « nous sommes avec vous. » Quelques jours  plus tard, le candidat présidentiel Pete Buttigieg  a organisé une collecte de fonds sur l'île. Buttigieg a passé trente minutes à écouter les grévistes, puis les a invités dans l'auditorium plein à craquer. Les 800 habitants de l'île se sont levés spontanément pour une ovation quand les chauffeurs sont entrés dans la salle.

Réconfortés, les grévistes ont décidé de devenir plus agressifs.  Pendant qu'ils continuaient la grève, une équipe centrale d'activistes s'est mise à exercer une pression directe sur les membres du Conseil d'administration de la VTA. Les grévistes sont apparus sans être invités dans les différents lieux de travail des membres du conseil et ont manifesté dans des lieux publics près de leurs domiciles, en exigeant que le Conseil tienne une réunion pour occuper deux sièges vides depuis longtemps.

L'ATU a également élaboré de nouveaux documents pour inoculer les conseillers et les fonctionnaires locaux influents contre les mensonges et la désinformation répandus par l'administratrice de la VTA. Les chauffeurs ont également forgé des alliances plus profondes avec des groupes de la communauté locale comme les MV Dems, la Chambre de commerce, différentes congrégations, qui avaient tous exprimé leurs préoccupations à l'égard des actes anti-syndicaux de la VTA et de l'impact de la grève sur le commerce local.

Le changement de stratégie a commencé à porter ses fruits. Tout d'abord, la ville de Tisbury a voté pour s'associer avec d'autres villes et avec la VTA pour déterminer à qui était le tour de pourvoir les sièges vacants de l'ADA et des passagers au Conseil. Ensuite, la ville de West Tisbury a voté pour organiser d'autres villes et exiger du Conseil de la VTA qu'il se réunisse pour gérer la crise.

 

Le conseil a cédé

Sous la pression, le Conseil a cédé et dans la troisième semaine de la grève, il a tenu sa première réunion depuis des mois. Des passagers, grévistes, conseillers et alliés de la communauté y ont afflué, exigeant que le Conseil oblige la société à s'engager dans une procédure d'arbitrage ou tout au moins à continuer les négociations. Au bout de près de deux heures de délibérations, le Conseil a voté à l'unanimité de renvoyer la TCI à la table de négociations.

En dépit de ce progrès important, l'ATU et les grévistes n'en sont pas restés là. Ils se sont mis à planifier un rallye de solidarité à Boston, dans l'espoir de faire pression sur le Commonwealth pour qu'ils effectuent une vérification comptable des finances de la VTA. Les participants à la conférence Can-Am de l'ATU ont collecté plus de 50 000 $ pour le fond de grève de Vineyard, s'assurant ainsi que les chauffeurs puissent continuer la grève pendant plusieurs semaines.

 

Accord au cours de la quatrième semaine

La quatrième semaine a débuté par deux jours de négociations intenses; c'était la première fois que la TCI et l'ATU se trouvaient au même endroit depuis le printemps.  La digue a finalement cédé. Avant le jeudi, les parties avaient conclu un accord de principe. Ce dimanche-là, les membres ont ratifié leur toute première convention collective, 97 % des membres votant en sa faveur.

L'échelle salariale est passée de 13 ans à sept ans. D'ici la fin de l'accord, le taux de rémunération supérieur passera de 23,50 $ à 27,40 $ et le  taux initial passera de 16,50 $ à 20,50 $. Pour la première fois, l'ancienneté sera reconnue pour les itinéraires et les taux de rémunération horaire seront doublés les jours fériés.

Au bout de 28 jours, cette grève historique était finalement terminée et les chauffeurs étaient de retour au travail, au service de leurs passagers bien-aimés.  Maintenant que la section locale et le premier contrat ont finalement été obtenus, ils se préparent déjà pour les étapes suivantes : faire respecter ce qui a été remporté et réformer la VTA pour qu'il ne soit pas nécessaire de faire la grève afin de remporter le contrat suivant. Mais si c'est le cas, ces nouveaux membres de la Section locale 1548 seront prêts.